REPERTOIRE DES DISQUES COMPACTS. Rubinstein

REPERTOIRE DES DISQUES COMPACTS
October 1993

ANTON RUBINSTElN (l829-1894) Concertos pour piano n.3 et 4.
Oleg Marshev – piano
Orchestre Philharmonique Artur Rubinstein, dir. Ilya Stupel.
DDD

Articulation of rare fluidity enables him to liberate the full eloquence of the music. His technique is completely reliable and he seeks no compromises. To be heard with the utmost urgency!

Anton Rubinstein compositeur rnérite une sérieuse réhabllitatton, A l’époque où ses compatriotes russes commençaient à peine à se forger une identité nationale, il se tourne délibérément vers l’occident pour s’inscrite au plus fort du courant romantique germanique. A l’écuole des deux concertos présentés ici, le nom de Brahms s’impose immédiatement: méme rapórt syrnphonique de l’instrument soliste à l’orchestre, méme expression de solitaire mélancolie traversée d’envolées immenses que dans le Concerto en ré mineur du compositeur allemand, contemporain (l858) du 3′ de Rubinstein. Tout aussi solidement charpentée, mas moins mobile émotionnellement que celle de Brahms. sans non plus son ampleur polyphonique, l’écriture brasse avec une grandeur sans emphase de puissants courants de forces avec un sens trés personnel de la courbe formelle. Les principes cycliques lisztien et méme franckiste sont largement préfgurés par ces structures tripartites qui, réunies, forment d’amples poémes-ballades où la prolifération thematiqiie se nourrit d’une source très simple (on songe irrésistiblement à Ia Sonate en si mineur de Liszt), Bourru, très nordique. souvent secret au-delà des effets de virtuosité qui émaillent la partie soliste. ce discours d’espace et de vent s’infléchit parfois en chaleureuses phrases lyriques ou se rétracte en méditations austères qui annoncent directement la Brahms Ie plus tardif (celui du 2e Conceno ou des derniers opus pour le piano).

L’Azerbaidjanais Oleg Marshev apparaît aussi à l’aise dans les explosions de virtuosité que dans les épisodes calmes : une articulation d’une rare fluidité lui permet de dégager toute l’éloquence des lignes directrices sans rien sacrifier de la versatilité des climats. L’assise est d’une parfaite solidité, sans aucun glissement complaisant, l’engagement constant, souvent (Allegro non troppo final du Sol majeur) rthaussé d’amplifications enthousiastes. Une main gauche en acier assure une parfaite tenue en même temps qu’une motricité constante à un discours toujours propulsé vers l’avant. Ilya Stupel ménage une admirable cohésion avec le soliste, en même temps que la multipliclté des climats individuels, dans un très remarquable souci d’unité. C’est à peint si l’on aurait pu souhater plus d’éclat à la petite harmonie (clarinettes et cors surtout). Les cordes, en revanche, éludent par on grain très aéré tous les dangers d’empâtement de l’orchestration, parfois dangereusement lourde (flnales des deux œuvres). Ce rnagnifique travail d’éclaireurs excuse amplement quelques raideurs ici ou là et quelques éclats un peu trop clinquants du soliste (Allegro final du Concerto en re mineur). A écouter d’urgence !

Technique : image aérée et profonde, orchestre un peu trop fondu, piano très brillant en comparaison.

Pascal Brissaud

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